Le bureau de tabac de Gaibanella : un siècle d’histoire entre famille et musique

À Gaibanella, dans la province de Ferrare, il existe un bureau de tabac qui est bien plus qu’un simple point de vente. En activité depuis les années 1920 et tenu par la famille Mascellani depuis 1937, ce commerce a traversé près d’un siècle d’histoire, accompagnant les changements du village et de la communauté qui a grandi autour de lui. Au fil du temps, il est devenu un lieu familier, reconnaissable, capable de préserver la mémoire et les liens, au-delà de sa simple fonction commerciale.


Parmi les souvenirs les plus évocateurs figurent ceux des années 1940, lorsque, entre tabac, sel et vie quotidienne, résonnaient des airs de Puccini dédiés à madame Tosca. Un épisode simple, mais capable de raconter le climat d’une époque où les commerces étaient aussi des espaces de sociabilité, de rencontre et de partage. Nous en parlons avec Francesco Mascellani, témoin direct de cette longue histoire familiale, aujourd’hui encore présent chaque jour aux côtés de la nouvelle génération.


Comment a commencé l’histoire de votre bureau de tabac ?
Le bureau de tabac existe depuis 1928, mais il est entré dans notre famille en 1937, quand mon père en est devenu le gérant assistant. L’année suivante, ma tante en est devenue la titulaire, mais peu après elle a décidé de prononcer ses vœux et de partir pour l’Uruguay. L’activité est alors passée à ma mère Tosca et à mon père, qui l’ont poursuivie ensemble. Depuis ce moment, le bureau de tabac est devenu partie intégrante de notre famille, non seulement comme travail, mais comme point de repère quotidien.


Dans les années 1940, le bureau de tabac était aussi une petite « scène ». Pouvez-vous nous raconter cet épisode ?
Oui, c’est l’un des plus beaux souvenirs. Un de nos clients, ami de la famille, aimait chanter en ténor pendant son temps libre. Quand il passait à la boutique, il dédiait une sérénade à ma mère Tosca, en chantant des airs de l’opéra de Puccini qui porte son nom. C’étaient des moments simples mais très émouvants. En ces occasions, le bureau de tabac se transformait presque en un petit théâtre improvisé, où la vie quotidienne se mêlait à la musique.


Existe-t-il un témoignage de ces moments ?
Oui, il y a une photographie des années 1940 qui immortalise justement l’une de ces scènes. On y voit cet homme en train de chanter, tourné vers l’intérieur de la boutique. Aujourd’hui cette photo est conservée aux Archives Historiques FIT et constitue un témoignage précieux de cette époque. Pour nous, elle a une valeur immense, car elle ne raconte pas seulement un épisode curieux, mais représente un fragment de notre histoire familiale et du rôle que le bureau de tabac jouait dans la vie du village.


Votre activité a beaucoup évolué au fil du temps. Quel rôle jouait-elle dans la communauté ?
Le bureau de tabac n’était pas seulement un endroit où acheter des cigarettes. C’était aussi une trattoria, un café, une charcuterie et même une station-service. C’était un point de rencontre pour tous, un endroit où l’on venait aussi pour parler et être ensemble. Dans un village, des commerces comme celui-ci avaient un rôle fondamental : c’étaient des lieux où circulaient nouvelles, récits, amitiés et habitudes. Les gens entraient pour acheter quelque chose, mais s’arrêtaient souvent aussi pour échanger quelques mots.


Quand êtes-vous entré dans l’activité familiale ?
En 1968, quand mon père est tombé malade, j’ai décidé de rester au bureau de tabac pour poursuivre le travail. Puis mon épouse Roberta nous a rejoints comme gérante assistante. Nous avons continué ensemble pendant de nombreuses années. Ce fut un choix naturel, mais aussi très exigeant, car cela signifiait assumer une responsabilité importante. Poursuivre une activité familiale signifie respecter ce qui a été construit auparavant, mais aussi s’adapter aux temps qui changent. Au fil des années, les habitudes, les services, les besoins des clients ont changé, mais le même esprit d’accueil est resté.


Qui poursuit la tradition aujourd’hui ?
Depuis 2016, la propriété est passée à ma fille Emma. Je continue cependant à être présent tous les jours. C’est un métier qui vous entre dans le sang : ce n’est pas seulement un travail, c’est une partie de la vie. Voir que la tradition continue avec une nouvelle génération est une grande source de satisfaction. Cela signifie que tout ce qui a été construit ne s’arrête pas, mais trouve une nouvelle façon de continuer.


Que représente cette activité pour vous ?
Elle représente tout. La famille, les sacrifices, les souvenirs. Nous disons toujours : seuls nous ne serions rien, mais unis nous sommes tout. Et c’est précisément cela qui nous a permis de continuer aussi longtemps. Le bureau de tabac a été le fil conducteur de nombreuses vies, un lieu où le travail et les affections se sont entrelacés chaque jour. En la regardant aujourd’hui, je ne vois pas seulement une activité commerciale, mais une histoire faite de personnes, de rencontres, d’efforts et de beaux moments. C’est une partie de notre identité et, d’une certaine façon, aussi de l’histoire de Gaibanella.

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